Les
cabriolets DS étaient-ils construits sur base de break?, par
le Docteur Danche
Les cabriolets DS possèdent deux têtons
pour support de béquille, comme les breaks et à l'inverse des
berlines, qui n'en ont qu'un (voire zero pour les tout premiers modèles
de 1955).

Les cabriolets ont aussi les trains avant utilisés
sur les breaks.
Faut-il pour autant en conclure que les cabriolets
DS
de série (les cabriolets au catalogue Citroën, souvent nommés "cabriolets
usine",
sans que l'on sache bien l'origine de ce terme qui n'est pas officiel)
ont été construits à partir
de plate-forme de breaks?
C'est l'objet de ce nouveau et passionnant mmmmmmystère
de la DS.
Exposé du problème.
le cabriolet est plus lourd que la berline: du fait
des renforts nécessaires sur la coque, son poids
à vide est de 1235 Kg contre 1190 Kg à la berline.

En
découle la nécessité de longerons renforcés
(comme sur break) et de bras de suspension renforcés (DVF 422-1e
puis DVF 422-1f à partir de Sept66, ceux du break).
Les deux têtons
(comme sur break) sont justifiés par le risque de cintrer la
coque en changeant la roue, et par la nécessité de pouvoir
accéder à la
roue arrière alors
que l'aile arrière n'est pas démontable (l'hydraulique
ne fournit d'ailleurs pas une hauteur suffisante, et les cabriolets
sont donc livrés avec un cric telescopique et non une simple
béquille
comme les berlines).


On le voit, on a donc au final beaucoup de points
communs entre un cabriolet et un break, et très souvent les répliques
de cabriolets partent d'une base de break.
Mais pourtant un cabriolet Ivanoff (qui dit avoir
récupéré
chez Chapron le cahier des charges d'une construction de cabriolet
officiel DS21) se construit à base de berline.
Alors que nous disent les ouvrages de référence
sur la base de fabrication d'un cabriolet DS de série?
Fabrication du cabriolet de série
O De
Serres dans son livre: "DS, au Panthéon
de l'automobile",
nous décrit
tout le process de fabrication des cabriolets, il nous dit que Javel
livre à Chapron (à Levallois) des "plate-formes
de berlines spécialement
préparées
pour devenir des cabriolets", et il nous produit ces
photos datées de Janvier 1965. Et O De Serres
nous dit que la photo de gauche illustre une caisse reçue de Javel
(avec une livraison séparée des accessoires et garnitures:
manivelles de portes, pare-chocs, etc).

Mais dans "les DS versions
originales", J De Lange et J Reynolds nous
indiquent (sans produire de document) que Chapron prend comme base:
- des "caisses standard de berlines DS/ID" sur la
période
61-63
- des "ID break avec montant arrière et panneau latéral arrière
rapporté"
sur la période 64-71
Des éléments décisifs pour mieux
comprendre cette contradiction apparente sont trouvés
dans R
Brioult:
"Citroën, l'histoire et les secrets de son
bureau d'études".
On y apprend, à la page Chapron, que l'intervention
de R Brioult himself fut décisive pour passer d'une phase 1,
où Chapron
désossait des berlines et revendait l'arrière de berline, à une
phase 2, où Citroën livrait les plate-formes à Chapron.
Le texte est un peu ambigu sur la date de cette évolution.
C'est annoncé solennellement par Bercot à Chapron à un
salon de l'automobile, qui pourrait, à la lecture du texte,
être celui de fin 64 ou celui de fin 65.
Avec la photo d'O De Serres je pense qu'on peut légitimement
partir sur le salon de fin 64. Et les photos d'O De Serres de Janvier
65 ont donc selon moi été prises pour célébrer ces premières plate
formes livrées par l'usine.
Conséquemement:
- jusqu'à fin 64: la plate-forme des cabriolets
est une base berline complète, fournie par le client de Chapron pour
transformation.
- à partir de début 65,
Javel livre à Chapron une base hybride : une voiture, complète
de sa mécanique, avec des trains avant
de breaks. Le toit et le
pied milieu sont absents pour des raisons évidentes, et les
deux portes avant sont aussi absentes, car Chapron fabriquera des portes
rallongées
de 18cm. La voiture n'a pas les passages de roue d'un break.

Un gros plan de la photo du livre d'O De Serres
zoome sur le fait qu'elle a bien des creux prévus pour deux tétons.

Alors, ce que nous avons sous les yeux, livré par
Javel, est-ce une berline hybride, ou bien un break hybride ("des
ID break avec montant arrière et panneau latéral arrière
rapporté" comme diraient J De Lange et J Reynolds)?
La bonne réponse du Dr Danche à cette
question clairement jésuite est bien sûr: "ni break,
ni berline, puisque c'est un hybride".
L'ouvrage "Citroën DS coupé cabriolet découvrable",
d'O De Serres, est
plus tranché et
nous dit en commentant ces mêmes photos (qui sont issues d'un
reportage de la RTA en 1965): "on voit bien qu'il ne s'agit pas
d'une plate-forme de break, mais d'une embase spécifique de
berline complétée d'éléments de break".
C'est aussi l'avis de la plupart des spécialistes
que j'ai interrogés, qui ne suivent donc pas De Lange et Reynolds.
Pour
conclure, en ce qui concerne la classification chez Citroën (indépendamment
du mode de construction), les cabriolets ont un numéro de coque
dans une nuémrotation
spécifique,
mais sont clairement rapprochés
des berlines pur les numéros de série: un cabriolet DS
a un numéro
de série pris
dans les séquences de numéros de berlines de son année;
idem pour un cabriolet ID.
NB: la production officielle des cabriolets
de série s'arrête en 1971. Mais Chapron
en fera encore une poignée dans les années qui suivent, en revenant
au processus initial: à partir
de berlines achetées
par ses clients, dont il renforcera la plate-forme et scalpera l'arrière.
Additif 1 : la suspension arrière d'un cabriolet DS.
On le sait, les sphères arrière de berline sont tarées à 26
bars, tandis que les sphères de break sont à 37 bars.
Ces chiffres sont même gravés
sur l'embout des sphères.
Mais alors, pour ce cabriolet, dont les bras arrière sont ceux d'un break,
c'est combien?
Réponse selon moi (mais j'attends les arguments
des contradicteurs): 26 bars, comme une berline, avec des clapets
renforcés DS436-07f, tels que décrits dans cette
note.
Additif 2 : le cas des productions Chapron
Pierre m'a fait passer cette photo, un peu tronquée
pour éviter les copies par IA.
Citroën vendait à Chapron pour ses propres
productions un type de DS bien spécial, il y
a en tout 4 types:
DS D XXXX: chassis nu DS19 BVH
DW D XXXX: chassis nu DS19 BVM
DJ D XXXX: chassis nu DS21 BVM
DX D XXXX: chassis nu DS21 BVH
Ici sur le DJ D 0026 du coupé
Leman 1968 (DS21 à boite mécanique) de Pierre, on lit "Type:
DS21 Chassis Caddy".
Le mot "Caddy" était donc générique,
même si ce n'était pas pour un Caddy.

Dans le dossier papier du dernier
Palm Beach (1971), ci-dessous, le code usine du
châssis nu "DS21 INJ Caddy" est DE8HP.
DE8, comme on l'a vu dans le dossier des
factures usine, est pour DS21ie
à boite mécanique.
HP est un acronyme dont le sens
reste à déterminer.
Dans la colonne "caisse",
"AP" est pour apprêt.
C'est l'endroit où habituellement
on met sur la facture usine la couleur de la caisse.
